Interprétation à Asilomar

Le 28 septembre 2012, j’étais à Asilomar pour ma première mission d’interprétation hors campus. Loin de ressentir cette tension qui accompagne normalement toutes les « première fois », j’étais très enthousiaste de me confronter à la réalité du terrain, loin du confort des cabines et des laboratoires de l’institut. Une fois sur place, j’étais émerveillé par le caractère pittoresque d’Asilomar, avec sa forme circulaire et ses salles en forme de grandes cabanes juchées sur de petites pentes au milieu d’une végétation verdoyante. C’est un refuge pour rompre avec la routine et sortir de la monotonie du triangle MIIS-Épicerie-Domicile.

A peine avons-nous atteint la première salle de conférence, une dame est venue nous accueillir, et nous nous sommes présentés Josie et moi (avec l’équipe espagnole). Allure professionnelle, grand sourire, badge « interprète bénévole » fièrement épinglé à la chemise, nous étions prêts à nous immerger dans l’univers impressionnant des sages-femmes. Sur le chemin menant à notre salle de conférence, nous avons longuement discuté avec notre « cliente », une sage-femme haïtienne dont la première langue n’était pas en fait le français, mais le créole. Je lui ai posé mille et une questions pour m’assurer qu’elle n’allait pas s’exprimer en créole. Je connais tout au plus trois mots dans cette langue ! Du coup je ne me souviens pas avoir autant insisté sur ma combinaison linguistique Anglais-FRANÇAIS.

Dans la salle de conférence, il n’y avait presque que des femmes…Quoi de plus normal, c’est une conférence de sages-femmes après tout…Toutefois, pour quelqu’un d’aussi coincé que moi, il fallait un effort supplémentaire pour paraître…normal. Et puis tout d’un coup ce mot au tableau : « tongue-tie ». Jamais entendu parler. « Liaison de la langue », « langue liée », « attachement de la langue »…Nous sommes passés par toutes les définitions possibles pour décrire cette anomalie dont souffre les bébés sans parvenir à un terme satisfaisant. Quel ne fut notre bonheur lorsque, à l’entame de la conférence, notre sage-femme haïtienne m’a gentiment susurré à l’oreille : « maladie de la langue ». Tout simplement. C’était SON terme et la dame nous a enlevé une grosse épine du pied. C’était d’ores et déjà le début d’une collaboration fructueuse.

Ousmane Diagne étudie traduction et interprétation à Monterey Institute of International Studies.

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